4 jours / 3 bains à Budapest

Budapest et ses deux rives, son romantisme, son charme de l’est…et ses bains !

A Noël, des amis qui en revenaient m’ont dit : « C’est une ville pour toi. A côté, Baden Baden n’est qu’une piscine municipale ». Choquée que l’on insulte ainsi mon lieu de villégiature préféré, je n’en étais pas moins piquée et intriguée. Je me suis précipitée sur Google image et j’ai alors compris la grandeur et les merveilles thermales promises par la ville. Je les ai d’autant mieux saisies lorsque ces mêmes amis m’ont projeté un film érotique gay, tourné dans l’un de ces somptueux bains. Des hommes nus jaillissaient de l’eau, se prélassaient sous les fontaines, déambulaient parmi les mosaïques : il me fallait y aller !

Voici mon carnet de bain avec en prime, quelques bonnes adresses pour manger des Strudels… A lire de préférence en peignoir, en écoutant les danses hongroises de Brahms.

Rudas

En deux mots : minéral et masculin.

Peut être inspirée par ce film érotique, j’ai choisi de commencer mon Grand Chelem par le bain le plus viril Budapest : Rudas. Construit au 16ème siècle sous domination turque, il était réservé aux hommes de 1936 à 2005. Il est connu pour sa pièce centrale, toute en pierre, qui renferme sous sa coupole un bain octogonal, entouré de colonnes et de quatre petites piscines allant 28° à 42°.

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Les Turcs ont bien fait de passer par là

J’y suis allée pour 22h30, le soir même de mon arrivée, pour profiter de la baignade nocturne proposée le week-end (jusqu’à 4h du matin, s’il vous plait). Le bâtiment, un petit cube sans prétention, se trouve sur le bord du Danube, à flanc de roche.

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C’est charmant de voir la vapeur s’en échapper dans la nuit ; quelle promesse…

Les saunas de Rudas sont extrêmement chauds. Je n’ai pas pu rester dans le dernier tant mes poumons brûlèrent à la première inspiration. A la sortie, les plus téméraires peuvent se renverser un grand seau d’eau glacée sur leur tête. J’ai eu la chance de voir un japonais tirer vigoureusement sur la corde en hurlant comme s’il se faisait seppuku. C’était digne des meilleurs films de samouraï.

Au delà de ces bains quelque peu rustiques, Rudas offre aussi un ensemble thermal plus moderne et des massages sont dispensés tout au long de la nuit. J’en ai choisi un aux huiles aromatiques, idéal pour bien dormir.

A 2h du matin, sur le chemin du retour, je sentais fort le soufre. Ce séjour hongrois avait plutôt bien commencé.

Széchenyi

En deux mots : imprononçable et monumental

Le lendemain, je suis allée à Széchenyi, immanquable édifice jaune poussin situé dans le grand parc de Városliget. Construit entre 1909 et 1913, c’est le bain le plus ancien de Pest et l’un des plus grands centres balnéaires d’Europe.

Il faut savoir qu’il est très fréquenté, aussi bien des adultes que des enfants, mais vu l’immensité du lieu, nul ne se sent à l’étroit.

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Center parc version très très chic

Si le circuit thermal intérieur ne brille pas par sa beauté et son élégance (l’ensemble est ancien mais d’esprit plus hygiénique que décadent), les bains extérieurs sont absolument splendides. Vous trempez, tourbillonnez et nagez au milieu de cette somptueuse cour. J’ai flotté un bon moment dans l’eau tout en déchiffrant les reliefs des façades, comme un grimpeur qui prépare sa voie.

Nn : n’oubliez pas votre bonnet de bain si vous souhaitez nager dans la piscine réservée à cet effet. Comme personne ne pense à en prendre, vous serez parmi les seuls élus autorisés à y plonger.

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La fameuse piscine réservée aux porteurs de bonnets
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Ce carrelage blanc m’a un peu chagrinée

Il y a beaucoup de hammams à Széchenyi, de style et de température différents mais ils sont tous accompagnés de l’un de ces petits bassins d’eau froide, dits « d’immersion ». Je crois qu’y pénétrer doucement avant de faire le ressort deux ou trois fois pour m’y plonger en entier est l’une des mes grandes joies d’adulte.

Attention : c’est un vrai dédale pour retrouver son casier. J’ai bien erré 15 minutes avant d’arriver dans la rangée que je croyais mienne. C’est la vue, entre deux portes, du timide sexe d’un quadragénaire indien en train de se rhabiller qui m’a fait réaliser ma méprise : j’étais relativement au bon endroit, mais dans l’aile réservée aux hommes, victime de la symétrie parfaite du bâtiment. Fail.

Gellert

En deux mots : renversant et luxuriant

J’ai gardé le meilleur pour la fin. Je suis allée aux bains Gellert avant de reprendre l’avion, bien décidée à passer les dernières heures qui me restaient à Budapest dans cet Olympe aquatique.

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Bienvenue à l’hôtel Gellert, somptueux bâtiment art nouveau, sur le Danube, face au plus beau pont de la ville
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Dès le hall d’entrée, tout n’est que boiseries, statues et mosaïques

Après avoir laissé toutes mes affaires, valise comprise, dans ma cabine et m’être une fois de plus perdue dans les escaliers, j’ai fini par trouver les fameux bains. C’est donc ici qu’a été tourné « Desirous Pools Of Budapest» (NSFW), le fameux film gay qui m’avait décidée à partir pour la Hongrie. Mais j’ai eu beau chercher, je n’ai pas retrouvé les membres du casting. Dommage.

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Mais où sont les garçons ?

Il faut bien reconnaître que la décoration de Gellert surpasse celle des bains de Baden Baden. Chaque bassin est orné d’une fontaine où trônent chérubins, tritons et autres sirènes. Mais le plus intéressant, ce sont les « dauphins gicleurs » : au fil du temps, l’eau qu’ils crachent s’est cristallisée (preuve de sa forte concentration en minéraux) et a formé de grandes babines rosées de chaque côté du bec les faisant ressembler à de généreuses vulves éjaculant sur les baigneurs.

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Fascinante cristallisation des fontaines
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Suis-je la seule à y voir quelque chose de sexuel ?

Parmi les hammams de Gellert, il y en a un que je vous recommande particulièrement. Il est carrelé et éclairé de vert. Sa vapeur est tellement dense que l’on ne voit pas à plus de 50 cm. En avançant vers le fond, vous pourrez vous coucher dans des alvéoles moulées tout exprès et peut-être, au bout de quelques instants, vous vous transformerez comme moi en plante ravie, bien au chaud dans cette serre humide.

J’ai fini l’après-midi dans l’un des bassins extérieurs à 36 degrés, presque désert. J’ai fermé les yeux et j’ai plongé 10 minutes dans une méditation rêveuse. Des oiseaux chantaient, je sentais un souffle frais sur mon visage et le soleil du mois de mars derrière mes paupières. Quand je me suis réveillée, j’ai vu le joli toit du Gellert, le pont métallique au loin et les arbres tout autour. C’était magique. L’eau était éclairée par le soleil, c’était mon premier bain en plein air de l’année.

Les photos de cet article proviennent des sites « officiels » et vous trouverez toutes les informations concernant les prix, l’accès et les horaires des bains ici.

Hors de l’eau

Comme promis, voici mes bonnes adresses à Budapest :

  • First Strudel House of Pest : C’est le lieu incontournable pour tout les amateurs de Strudel. Les pâtisseries sont préparées devant vous et vous avez le choix entre une douzaine de parfums différents. Mes préférés : sour cherry and poppy seed et pomme. Vous pouvez aussi en emporter dans de grandes boîtes avant de prendre l’avion du retour.
  • Klauzál Café : C’est un petit restaurant hongrois traditionnel, avec de beaux meubles anciens et un vieux monsieur qui joue Brahms au piano. En plus, on y mange très bien.
  • New York Café : Il faut absolument voir et entrer dans ce café incroyable, aussi beau que le Florian à Venise. Les pâtisseries y sont très bonnes et le cadre ne vous laissera pas indifférent.
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Alors, heureux/se ?
  • Les ruinpubs : Il s’agit d’espaces à l’abandon transformés en bars et décorés de façon éclectique. Ce n’est pas trop mon genre, je les trouve un peu surfaits, mais ils valent quand même le coup d’œil. Ici une liste des meilleurs ruinpubs de la ville : voir l’article.
  • L’Opéra : C’est un Garnier de poche avec des tarifs de poche. Pour 10 euros vous pouvez être assez bien placé. J’ai, pour ma part, succombé à Parsifal ; l’ouverture n’était même pas finie que je dormais déjà. Quand je me suis réveillée, il y avait une dizaine de chanteurs sur scène autour d’un faux cygne mort. Deux heures s’étaient écoulées et il restait encore plus de la moitié de l’œuvre à tirer. J’ai fui. Mais allez-y quand même ! A ce prix là, il faut tenter sa chance.
  • Ma boutique vintage préférée : Cydonia Vintage, juste derrière l’Opéra, ça tombe bien !

7 commentaires

  1. Ce billet m’avait échappé mais il tombe très bien: je pars pour une semaine à Budapest en octobre. Il fera sans doute trop frais pour les bains extérieurs mais je loge à l’hôtel Gellert ! En fait, cet article me donne envie de visiter la ville en fonction des bains….
    (et je me demandais comment tu avais fait pour prendre ton appareil photo dans les bains ;-) – je n’aurai donc pas de réponse, à part « ne pas le prendre »)

    1. Formidable ! En Octobre, je suis sûre que le climat sera encore clément. Mes amis qui y sont allés à Noël ont quand même pu profiter des bains extérieurs. C’est encore plus agréable d’être dehors dans l’eau chaude quand l’air est vif !

      Visiter la ville en fonction des bains, c’était exactement mon envie :) Quant aux photos, elles proviennent toutes sans exception du Oueb. je crois que tu peux prendre un appareil avec toi, mais il faut qu’il apprécie l’humidité…

      Bon voyage !

      ps : tu y vas seule ? (cf. notre discussion sur les voyages en solitaire)

      1. J’y serai seule du dimanche au mercredi midi, après je serai entourée par plein de connaissances et quelques amis, vu que le prétexte est le Womex, le World Music Expo, un événement annuel auquel je vais pour le travail.

        Et à propos de voyager seule, je pars une semaine après pour trois semaines toute seule au Japon ! Bref, je crois que j’ai passé un cap et j’en suis bien contente. Tu as été au Japon ?

      2. Ohlala ! 3 semaines au Japon ! C’est formidable, quelle chance !
        Je n’y suis encore jamais allée, mais c’est une de mes envies.
        Là, c’est sûr, tu as passé un cap ;)

        Au fait, pour Budapest, je te recommande aussi le beau musée qui se trouve dans le « château » en haut d’une colline. Il y a de très beaux tableaux hongrois du 18ème et 19ème siècle.

  2. Vous m’avez vraiment donné envie d’aller à Budapest moi qui adore aussi Baden- Baden. Merci.
    Bravo également pour la découverte du Leica et la réussite de vos photos.
    Bonne continuation à vous,
    Florence Rousseau

    1. C’est formidable si j’ai pu vous donner cette envie ! Vous ne le regretterez pas je pense.
      Dans un style différent, on m’a récemment parlé des thermes de Vals. Vous y êtes déjà allée ?
      Autre question : est-ce vous qui jouez du clavecin ? ^^
      Et merci pour votre compliment sur les photos au Leica !

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