Ballet : La Dame aux Camélias

Mercredi soir je suis allée voir La Dame aux Camélias à l’Opéra Garnier. C’est un ballet créé en 1978 par John Neumeier  pour le Ballet de Stuttgart, d’après le roman d’Alexandre Dumas fils (1848). Il est entré en 2006 au répertoire de l’Opéra de Paris et je trouve qu’il lui va comme un gant.

En deux mots, c’est l’histoire d’un jeune bourgeois, Armand, qui tombe amoureux d’une courtisane de haut vol, Marguerite, atteinte de la tuberculose. Quand le ballet commence elle n’est déjà plus de ce monde, son appartement et ses biens sont en vente, Armand va mal. S’en suit une plongée très cinématographique dans les souvenirs d’Armand. Le rideau se referme sur la mort de Marguerite, Armand est au comble du désespoir. Entre les deux, elle tousse, beaucoup, et Armand a des hauts et des bas, jaloux qu’il est des hommes qui tournent autour d’elle. C’est donc un ballet festif, idéal pour la fin de l’année.

C’est d’autant pus la période pour y aller que le public, très largement enrhumé, fait littéralement corps avec le drame : à chaque toussotements de la souffreteuse Marguerite, il lui répond d’une salve d’éternuements.

Ce soir là, c’était Léonore Baulac (j’ai eu la chance de l’interviewer peu après qu’elle soit nommée étoile, à lire par ici ) et Mathieu Ganio qui incarnaient Marguerite Gautier et Armand Duval. Et qu’ils étaient beaux… Qu’ils donnaient envie de vivre une folle histoire d’amour ! Et d’être bien habillé. J’étais aussi ravie de voir Héloïse Bourdon en pleine forme et Sae Eun Park  très convaincante en Manon.

Voici ce que j’ai particulièrement aimé dans La Dame aux Camélias :

Le romantisme échevelé

Soyons clair, La dame aux Camélias n’offre pas une danse de haute voltige : je crois même n’y avoir vu aucun solo. Ici, pas de grands manèges, de tours fouettés, ni de sauts à la Noureev. C’est plutôt un drame dansé (une sorte de Tanztheater classique ?), orné de très beaux duos, de tragiques moments de silences et de foisonnants tableaux d’ensemble. Les danseurs semblent parler à chacun de leurs mouvements. Pour que la magie prenne, il faut de très bons acteurs sur scène et une excellente connexion entre eux. C’était le cas avec la distribution de ce soir. J’ai été prise par l’histoire et je n’ai pas vu le temps passer. Il s’est même suspendu plusieurs fois, notamment dans les mises en abîmes entre entre les couples Marguerite/Armand et Manon/Des Grieux.

Point capillaire

Nous savons bien que la dimension capillaire a toute sa place lorsque l’on touche au romantisme. C’est un 20/20 pour la tignasse brune du beau Mathieu Ganio. La mèche folle fait toujours des ravages. Je l’avais déjà vu dans L’histoire de Manon en 2015 (j’en parlais ici ) et il m’a à nouveau séduite en Armand passionné.

Matthieu Ganio, l’Amoureux

C’est aussi un 20/20 pour la somptueuse crinière dorée de Léonore Baulac, lâchée tant et plus au fil du ballet. Même attachés et lissés en bandeaux, ses cheveux étaient parfaits.

Léonore Baulac et Mathieu Ganio, dans le premier acte

Quand j’étais adolescente, j’adorais les films d’époques et j’essayais d’imiter, à ma façon, les maquillages et les coiffures de leurs actrices – c’est comme ça que j’ai passé quelques étés toute habillée et planquée à l’ombre des arbres de mon sud natal, pour tenter d’obtenir le teint diaphane d’une courtisane. Mais parmi toutes mes expérimentations, les bandeaux plats du 19ème siècle étaient toujours un échec. Autant je les trouvais flatteurs sur les brunes, autant sur mes cheveux plus clairs ils étaient sans intérêt. Et bien Mademoiselle Baulac m’a redonné espoir : sur ses cheveux blonds, ils rendaient très bien !

Le récamier de Marguerite

Le rideau s’ouvre sur le salon bleu de feu Marguerite dont tout le mobilier est mis en vente : récamiers, petits fauteuils, guéridons, tapis… Derrière mes jumelles, je salivais. J’aurais bien tout acheté !

Mais si La Dame aux camélias devait se résumer en un objet, ce serait le récamier. La voir mourir et aimer mille fois à demi couchée sur ce délicat petit meuble empire m’a toute émoustillée. Possédant moi-même un récamier, le transfert fonctionnait à plein régime. Il ne me reste plus qu’à trouver un Armand qui traverse tout mon salon à genoux pour se jetter à mes pieds la prochaine fois que j’aurai une angine…

Que serait Marguerite sans son récamier ?

En voyant Armand et Marguerite jouer et se rapprocher sur le récamier, j’ai pensé aux numéros du Crazy Horse qui font aussi usage d’une banquette, comme « Leçon de séduction », « Rouge désir » ou le plus récent « Striptease moi ».

Une autre dame, sans Camélia. « Rouge désir », Crazy Horse.

Les robes somptueuses

La Dame aux Camélias donne à voir de bien belles robes et habits. Pas moins de 12 robes différentes pour Marguerite ! D’ailleurs, lors du premier acte je me suis demandée comment Léonaure Baulac pouvait changer aussi vite de costumes. Vous me direz, vu la vitesse à laquelle elle se fait déshabiller deux ou trois fois sur scène par Armand, ça ne doit pas être si compliqué… Mais j’imagine quand même qu’il y a quelques habilleuses en coulisse pour l’aider à sauter d’un jupon à l’autre.

Entre la robe violette moirée, la rouge, la blanche en dentelle ou la noire en satin, mon coeur balance. Mais que cette forme de décolleté sur les épaules et ces longs gants assortis sont jolis !

La partie de campagne

Chopin, Chopin, Chopin

Si vous aimez Chopin, vous pouvez aller voir La dame aux Camélias les yeux fermés. Quel plaisir d’écouter ses concertos, sonates, valses, préludes et polonaises. J’ai aussi trouvé que les pianistes (Emmanuel Strosser et Frédéric Vaysse-Knitter) et l’orchestre dirigé par James Tuggle étaient excellents. L’occasion de replonger dans les moments de solitude de mon adolescence, quand je pouvais rêvasser des heures en lisant du Flaubert et en écoutant du Chopin. J’ai d’ailleurs trouvé les oeuvres jouées dans le ballet réunies ici sur Youtube, si vous voulez prendre un bain de romantisme à domicile…

La séance de Pony play

Enfin, une dernière chose m’a particulièrement plu dans ce ballet, c’est l’étonnant clin d’oeil fétichiste du deuxième acte. Alors que Marguerite et Armand sont à la campagne, entourés de tout un beau monde, l’un des danseurs se fait remarquer par sa belle tenue de cavalier : gilet brun, collant blanc et… cravache. Il commence à danser avec une jeune femme et à la diriger du bout de sa baguette comme un petit cheval. Il semblait y prendre bien du plaisir. J’ai senti le parterre se trémousser lors de cette démonstration de dressage et jubiler à la pose finale, lorsqu’il se met à cheval sur un danseur, saisissant le cou  d’un autre placé devant en position de poney.

Ah, les garçons en collants. Perpétuelle source d’extase.

Mention spéciale aussi pour les scènes torrides entre Marguerite et Armand…

Courrez-y !

Vous avez jusqu’au 3 janvier pour voir ce ballet et comme toujours, je vous invite à chercher une place sur le site de la bourse aux billets officielle de l’Opéra de Paris : par ici. J’ai acheté mon billet la veille, vers minuit, c’était une place de catégorie 4 à 12 euros et j’avais une vue parfaite sur la scène.

La preuve en image

Pour tout vous dire, j’ai tellement aimé ce ballet que je pense y retourner si mon emploi du temps le permet. J’aimerais bien le découvrir avec une autre distribution. Je vous laisse avec le pas de deux du 1er acte, romantique à souhait sous les pointes d’Isabelle Ciaravola (spéciale dédicace à Alekseï Von Wosylius) et dans les bras de Karl Paquette.




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