La bibliothèque érotique idéale – volume 1

Alors que j’étais à court d’inspiration pour mes lectures nocturnes, j’ai demandé conseil à certains de mes amis. S’est dessinée, après quelques consultations, l’ébauche d’une bibliothèque érotique idéale, où les grands classiques du genre se mêlent aux lignes ambiguës d’œuvres plus chastes mais néanmoins sources d’inoubliables premiers émois.

J’ai eu envie de vous faire partager ces découvertes avec cette nouvelle série d’articles. Pour le premier volume de cette bibliothèque licencieuse, c’est Massimiliano Mocchia di Coggiola, dessinateur, essayiste et dandy italien, qui nous parle de quatre de ses livres fétiches. Je vous laisse apprécier son phrasé transalpin…

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Massimiliano Mocchia di Coggiola dans son salon, en toute simplicité

« J’ai choisi ces livres, pas forcement considérés comme érotiques par les librairies (à part le premier, et encore pas dans toutes les librairies !) car ils ont été mes premières sources de fantasmes et d’inspirations érotiques. Ces lectures ont conditionnés ma conception de la sexualité, pour le meilleur et pour le pire.

« Le livre blanc » de Jean Cocteau

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Ce fut probablement l’un des premiers livres « érotiques » qui me passa dans les mains quand, jeune étudiant romantique, vivant en Italie et désireux de faire connaissance avec la culture française, je me bornais à acheter des livres français (traduits en italien) sélectionnés presque exclusivement par rapport à mes sentiments concernant la cravate ou la chemise de l’auteur.

J’ai presque tout lu de Cocteau entre mes 15 ans et mes 18 ans. Le Livre Blanc, une confession érotique écrite durant son séjour dans un hôpital de désintoxication, raconte ses rencontres plus ou moins sexuelles avec des marins, les bordels pour homos, l’opium, Raymond Radiguet et Igor Stravinsky dont le Sacre du Printemps est, selon Cocteau, une parfaite description musicale du processus de désintox.

Mon édition était illustrée par Cocteau lui-même avec des dessins érotiques et surréalistes que j’ai toujours trouvé très inspirants.

« Lettres d’amour » de Gabriele d’Annunzio

Ce livre n’a probablement jamais été traduit en français mais, tant pis, je dois quand même le citer ici. Car le poète national d’Annunzio, célèbre pour ses livres « émoustillant » les dames de la Belle Époque, était un véritable Don Juan et ses gestes ont été pour moi ce que pour les jeunes du XIXe siècle devaient être les mémoires de Casanova.

J’ai trouvé une lettre traduite ici, et en voici un extrait :

Nous ne nous lassions jamais de nous unir, de nous mêler. Tu voulais être pénétrée au plus profond, déchirée par ma violence, étreinte et pressée comme du pampre… Mon pampre d’or, mon raisin empoisonné, Rosafosca, où es-tu ce soir ?

Lettre de D’Annunzio à Luisa Baccara, 1920

Quand j’étais ado, la lecture de sa correspondance amoureuse avec ses femmes et amantes fut une source extraordinaire de plaisir et d’inspiration. Lui, petit et moche, était carrément un homme couvert de femmes et, chose encore plus importante à mes yeux, il en était aimé : si ce nain chauve aux dents pourries pouvait y arriver, pourquoi pas moi (car, quand on est ado, on a la malheureuse tendance à se considérer laid, et généralement on l’est vraiment à cet age-là) ? Cette lecture me faisait rêver et fantasmer une existence semblable, où érotisme et romantisme se confondent très (trop) souvent.

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« Yes we can! » Gabriele d’Annunzio, le chauve bienheureux

« Drôle de voyage » et « L’homme couvert de femmes » de Pierre Drieu la Rochelle

Quand mon père découvra que j’étais un fidèle lecteur de Drieu la Rochelle il me manifesta tout son mécontentement, chose que généralement il ne se permettait jamais de faire par rapport à mes lectures.

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Une aquarelle de Massimiliano, inspirée peut-être par ces lectures ?

Cela rajouta peut-être un tabou en plus à un écrivain que je trouvais déjà assez sulfureux côté érotique. Côté politique il ne m’intéressait pas : j’avais encore quelque chose comme 16 ou 17 ans et je n’y comprenais presque rien. Mais ses romans (et ces deux là en particulier) furent pour moi entre les premières descriptions de jeux érotiques et sentimentaux que j’ai jamais lu dans ma vie et qui pouvaient en quelque sorte exciter mes fantasmes.

Le corps de la la femme, la chair, les parfums, le coït, y sont décrits d’une façon qui m’a toujours étonné de par leur beauté et leur érotisme – sans oublier un fond d’amertume et de méchanceté. En même temps, il faut dire que j’étais encore vierge et que, maintenant, tout cela ne me ferait peut-être pas le même effet ? »

L’homme couvert de femmes 1925
Drôle de voyage 1933

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La couverture parfaite pour « Drôle de voyage » ?

Merci Massimiliano pour cette charmante confession littéraire ! J’avoue mal connaître l’œuvre de Jean Cocteau mais Le Livre Blanc se trouve désormais parmi les livres que je rechercherai chez les bouquinistes des quais de Seine.

Chers lecteurs, je vous invite à découvrir les magnifiques illustrations et peintures de Massimiliano sur son site et si vous avez la chance de comprendre l’italien, vous pourrez vous régaler de son dernier ouvrage, Il gagà, consacré au dandysme italien.

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Une véritable bibliothèque de dandy !

Et vous, vous souvenez-vous des livres qui ont inspiré vos premiers émois érotiques ? Si oui, n’hésitez pas à les partager dans les commentaires…

9 commentaires

  1. Merci pour cette jolie chronique. Elle nous rappelle la charge érotique irremplaçable d’une lettre d’amour. Je m’en vais trouver le livre de d’Annunzio car je ne le connais pas et parce que votre hôte m’en a transmis l’envie.

    1. Charles, je suis ravie que ce billet vous ai donné l’envie d’une nouvelle lecture !
      Malheureusement, les lettres d’amour se font plus rares, mais il ne tient qu’à nous d’en envoyer à nouveau et de fermer nos boîtes mail pour reprendre la plume…

  2. Je ne saurais dire si ce livre entrerait dans le registre de livres érotiques « anciens » , mais il raconte délicieusement certaines choses de l’Italie antique … Pompéi et ses secrets… Tout cela mêlé à l’érotisme d’un été chaud de deux amoureux.

    Une proposition de A.J Molloy

  3. Merci pour ce billet et ton initiative, et merci à Massimiliano pour ce partage de superbes références! Je vais me mettre en quête à mon tour :)

    Quant à mes premiers émois érotiques liés à la littérature, ils ont été provoqués par les gravures et le personnage de Bruno Schulz, lors d’une visite du musée des Beaux-Arts en Seconde… Puis les lectures d’Anaïs Nin, mais plus tard…

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