Masterclass avec Catherine D’lish

La belle dans sa toile

Il y a deux semaines, j’ai participé à un cours collectif donné par Catherine D’Lish, suivi le dimanche d’une session en tête à tête, face au miroir, pour travailler mon numéro d’étoile filante. J’en suis sortie changée, le corps et l’esprit pleins de nouvelles perspectives.

Mon idole

J’ai vu le Cabaret New Burlesque l’an dernier, au Théâtre du Rond-Point et c’était la première fois que je voyais Catherine D’Lish sur scène. Elle y faisait son numéro dans la toile d’araignée et celui dans le verre de champagne.

J’étais soufflée : tant de grâce dans ses gestes, de postures parfaites, sa chevelure de feu ramenée sensuellement sur un côté du visage, son corps sublime et sublimé par son art. C’était unique.

Ce qui m’avait aussi impressionnée, c’était sa maturité, je veux dire par là, sa façon de porter son âge avec élégance. Elle est sublime, bien sûr, mais elle ne cherche pas à paraître plus jeune. J’aurais du mal à l’expliquer, mais à un moment elle jouait avec un homme du public et elle était elle-même, une femme mûre et fatale. Elle respirait l’assurance, l’expérience et donnait envie de vieillir. (j’espère qu’elle ne le prendrait pas mal si elle lisait ces lignes…)

Quand j’ai vu que Loulou Champagne organisait ces ateliers, j’ai immédiatement sauté sur les inscriptions. Je voulais à tout prix la rencontrer, écouter ses conseils et travailler une des choses dont je crois parfois manquer et dont elle est la reine : le glamour.

 Les leçons retenues

Catherine a dit beaucoup de choses intéressantes et parfois surprenantes lors de ces cours. Voici un petit florilège que je vous laisse le soin de méditer.

« Don’t be a character »

René Gruau - Le masque
René Gruau – Le masque

A la question « comment travailler son personnage scénique ? », Catherine D’Lish a tout simplement répondu : « Don’t be a character. I don’t want to see a character on stage, I want to see someone ».

Elle s’explique ainsi : « Ne travaillez pas un personnage, soyez vous même sur scène. Trop peu d’entre nous sont de suffisamment bons acteurs pour faire adhérer le public au personnage qu’ils tentent d’incarner. Je vois trop souvent des filles sur scène qui prétendent être sexy, fatales…Et personne n’y croit! Alors que si vous êtes vous même c’est beaucoup plus divertissant. Trouvez ce qu’il y a d’unique en vous et montrez-le, faites en votre force. »

Je me rappelle que Miss Marion avait mené une petite enquête socio-psychologique auprès des performeurs qu’elle connaissait et à la question : « qui êtes-vous sur scène ? », ils répondaient quasiment tous quelque chose comme : c’est moi libéré, c’est mon double, mon super héro… Ce qui va dans le même sens.

« Don’t be like the others »

Paris Conservatory 1948 Photo: Anonymous
N’épiez pas Mesdemoiselles !
Paris Conservatory 1948

C’est la conséquence directe du premier conseil. A la fin du cours, j’ai demandé à Catherine qu’elle me montre comment prendre une pose 50’s classique :

« Oh, prend la pose qui te va bien, celle qui marche bien pour toi ! »

« Oui mais souvent, je vois des danseuses qui font ça et ça, et j’aimerais bien aussi… »

« Non non, chacun doit être différent ! Quelque chose qui est joli sur quelqu’un ne l’est pas toujours sur un autre et vice versa. Regarde des poses, regarde des vidéos, prend-les et modifie-les un peu pour qu’elles t’aillent bien. Tu as un corps long, tu dois jouer avec ça ».

Bon, je file voir du côté de Liane de Pougy…

« Make everything a thing »

Souvent, dans un acte, il y a ce moment génant de transition où on doit attraper un accessoire, enlever quelque chose, changer radicalement de position et on espère que le public tournera la tête, pudiquement, à ce moment là.

Plutôt que de faire quelques pas rapides, à la dérobée, Catherine nous dit que tout doit faire partie du spectacle. Et c’est vrai que, quand je l’ai vue grimper l’échelle jusqu’à son verre de Champagne, je n’ai pas assisté à un moment bâclé ou honteux.

Travaillons donc nos transitions comme une véritable partie du show. Ca parait évident, mais c’est tellement plus simple de faire comme si le public n’y voyait rien une fois sur scène, dans le feu de l’action…

L’idée aussi derrière ça c’est : « Make it big! Si tu as choisi de faire ce geste, fais le à 100% ». Attention, big ne veut pas dire rapide ou énergique, mais plein et entier, sur la musique, assumé. Il faut à tout prix éliminer les mouvements et soubressauts parasites qui donnent un côté brouillon à la performance.

« The audience is happy to see you, be happy to see them »

Le public déchaîné des Beatles
Le public déchaîné des Beatles

Quelqu’un demandait comment être moins stressé sur scène. Catherine a répondu : « Soyez heureux d’être là. Le public vous attend, il est content de vous voir, soyez-le aussi : regardez-le dans les yeux et faites connaissance. »

Un ami m’avait dit quelque chose de similaire il y a longtemps. J’étais derrière le paravent du China, très stressée à l’idée de rater mon numéro et il m’avait dit « Les gens sont contents de te voir, ils sont là pour s’amuser, amuse-les ! » Je l’avais pris au mot et je m’étais donné pour mission d’être « divertissante » et de ne pas déprimer le public en lui communiquant mon stress. C’est un des meilleurs conseils qu’on ait pu me donner avant de monter sur scène et je me répète encore souvent ce mantra avant le levé du rideau.

« Think everything you touch is a penis »

Lors du cours particulier, Catherine voulait que j’attrape une guirlande de mon costume d’étoile filante et que je glisse ma main doucement sur toute sa longueur. Elle m’a montré l’exemple et quand je l’ai misérablement imitée, elle m’a dit : « Think everything you touch is a penis ». J’étais un peu surprise et je me suis demandée si j’avais bien entendu, mais c’était bien ça. Ca m’a fait rire sur le coup mais je trouve que c’est un bon conseil pour amener douceur et sensualité à chaque geste. Encore faut-il aimer les pénis…

Pas sûre qu’il les aime tant que ça !

Homework

Catherine D’Lish nous a aussi donné quelques exercices à faire à la maison :

  • Travailler et maîtriser 10 sortes de marche différentes, afin de rendre ses déplacements sur scène plus intéressants.
  • Passer des heures à se regarder dans un miroir et à poser (à l’abri des regards indiscrets).
  • Penser à ouvrir ses épaules et à laisser de l’espace entre sa poitrine et son menton. La gorge et le cou sont ainsi dégagés, eux qui ont tendance à se refermer au moindre frisson de stress sur scène.
1900s. French postcard.
1900s. French postcard.

Tant de choses à travailler n’est-ce pas ? Ca me stimule toujours beaucoup d’être confrontée à un tel niveau d’exigence mais en même temps, il y a une petite partie de moi qui se sent écrasée par le chemin à parcourir…

Hauts les coeurs et au travail !

15 commentaires

  1. Hâte de voir le numéro revu à la lumière des conseils de Catherine, alors ! :-)
    Et on ne peut qu’adhérer à ce qu’elle dit sur les personnages : ça fait revenir des souvenirs, ces filles qui essaient à toute force d’être fatales alors que ce n’est pas elles…

    1. J’ai encore beaucoup de travail à faire dessus… Mais j’essaye dès à présent de bouger un peu différemment pour chaque show sur scène. Tu verras ^^
      Et oui, pour les personnages, elle a raison. Mais quand on débute on entend aussi tellement « trouve un nom de scène, construit ton personnage scénique », qu’il est facile de s’égarer dans une posture grotesque sans même s’en rendre compte.

  2. Mille mercis pour ton partage, et même si tu trouves le chemin à parcourir encore long, amuse-toi!
    Merci aussi de me conforter dans mes choix de non-personnage et d’authenticité (même si à la lecture de tout ce que Catherine a évoqué, ce n’est pas un chemin qu’il me reste à parcourir mais une autoroute sans fin haha!).
    J’ai eu beaucoup de plaisir à te voir sur scène, j’aurai plaisir à revoir ton numéro « Etoiles filantes » quand tu l’auras retravaillé version « touch everything like a penis »!
    Enjoyyyyy it ;)

    1. Une autoroute, c’est pas si mal, c’est tout droit, sans obstacle et on y va vite. Mais si elle est sans fin…certes…
      Bref, tu as raison, n’y pensons pas et amusons nous en chemin !

      Sur l’idée du personnage, si je dois réfléchir à la question, je pense qu’on ne fait qu’exacerber certains personnages qui nous habitent plus ou moins silencieusement au quotidien. Encore faut-il un peu se connaître. Le travail sur le personnage scénique devient alors un travail sur soi et cette démarche psychologique est le reflet parfait de celle, corporelle, consistant à observer les attitudes qui nous vont le mieux.
      Ah…La scène…Toute une philosophie !

  3. Bravo pour ce condensé!moi qui n’ai eu hélas qu’une petite heure avec elle, j’ai retenu ces choses : Sois consciente de ce que font tes mains/Fais l’amour avec ce que tu touches/regarde le public et sois heureuse d’être sur scène…
    peu de paroles mais qui font réfléchir…

    1. Tu aurais pu faire le cours collectif qui suivait, c’était intéressant aussi. J’ai bien aimé écouter les conseils qu’elle donnait aux autres, ça met un peu de distance et ça aide à comprendre. Mais bon, j’imagine que tu as déjà une bonne liste de conseils à incorporer ;)

  4. Cet article est très intéressant, il donne à réfléchir. J’ai eu un premier cours de burlesque la semaine dernière, la technique était intéressante mais il fallait absolument imiter un personnage et je n’arrivais pas à me trouver là dedans. Lire ton texte m’a fait du bien.

    1. « Lire ton texte m’a fait du bien. »
      Chouette !

      « Il fallait absolument imiter un personnage »
      Aïe…
      Peut-être que tu peux essayer un autre cours ? Ou prendre la technique de celui-ci et n’en faire qu’à ta tête par ailleurs ? ^^

      Continue en tout cas, tant que ça t’amuse et que tu apprends des choses.

      A bientôt !

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