Prague en hiver

En fermant les yeux dans l’avion qui me ramenait à Paris, je voyais des visages dorés, des feuilles de gingko biloba, des portes sculptées, l’eau noire de la Vltava. Je sentais encore le goût du chocolat du café Louvre, la chaude lourdeur de mon manteau en fourrure et mes pieds absolument gelés dans leurs petites ballerines. Voila ma dernière vision de Prague, en hiver.

Je dédicace ce post à Loulou Champagne qui part à son tour bientôt dans la ville aux mille clochers.

S’arrêter devant chaque porte

A Prague, les façades sont reines. Chaque bâtiment a son décor particulier, qu’il soit de style baroque, art nouveau ou d’inspiration renaissance. Ci-dessous, les beaux hôtels de la place Venceslas.

C’est au pied du château que l’on peut voir le plus de frontons de portes peints. Des cygnes, des panthères et des lions gardent l’entrée et donnent le ton de la maison.

Mais c’est dans la vieille ville, vers le quartier juif que se trouvent les façades les plus majestueuses. J’ai passé plus d’une heure à me promener le nez en l’air autour des rues Dlouhá, Kozí et Haštalská, à les détailler une à une sans me lasser.

Le quai Mazaryk offre lui aussi une belle promenade architecturale. Pour me réchauffer, je me suis arrêtée au restaurant de la gallerie Mánes. Je vous recommande l’endroit, il est assez beau avec son design moderne, bien chauffé, la vue sur le fleuve est belle et le wifi y est excellent.

 

Pour les amateurs d’architecture, il parait qu’au bas de la colline Vyšehrad on peut voir quelques maisons cubistes, édifiées par Josef Chochol dans les années 1910. Mais si vous n’avez pas le temps d’aller jusque là, le grand café Orient, dans le centre de la ville, vous réjouira. C’est le seul café cubiste de Prague et il est absolument magnifique. Il se situe au premier étage de la Maison à la Vierge Noire et il est baigné de lumière, dans les tons de vert d’eau et de noir laqué. Toute sa décoration, son mobilier et sa vaisselle sont de style cubiste.

Un après-midi à marcher

Vous l’aurez compris, il y a tant de belles choses à voir le long des rues, que Prague est une ville où l’on marche, beaucoup. Et à plat. Oui, à plat mesdames ! Enfin, chacune fait ce qu’elle veut, mais la ville est tapissée de fourbes pavés et j’ai préféré laisser de côté mes bottines à talon.

Je logeais à quelques minutes du pont Charles et si j’ai beaucoup aimé sa fantomatique présence et son alignement de statues noires, je l’ai aussi souvent évité. C’est qu’en période de fêtes, il était bondé. C’était même parfois difficile de s’y frayer un chemin. Je vous conseille de varier les plaisirs et de marcher un peu plus sur les quais pour découvrir les autres ponts. C’est aussi l’occasion de flâner sur les petites îles qui longent la Vltava.

Prague regorge de belles galeries, qui donnent la possibilité de continuer à regarder en l’air tout en restant au chaud. C’est dans l’une d’entre elles que j’ai vu ce triomphant héron. Je ne pouvais que le prendre en photo, les échassiers étant un peu de ma famille.

Comme je suis restée assez longtemps dans la ville (6 jours), je n’avais pas établi de plan ni d’emploi du temps militaires. Chaque jour, je choisissais un quartier ou deux à explorer et je m’y perdais, aussi longtemps que le froid me le permettait.

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D’étranges marmottes au détour d’une rue

C’est comme ça qu’en remontant quelques rues un peu à l’écart, je me suis retrouvée, complétement gelée, à côté d’un immense bâtiment, très inquiétant, tout de briques sombres et découpé comme un fantastique château gothique. C’était l’hôpital gynécologique de Prague, le dernier endroit où je souhaiterais me faire examiner. Mais comme je connais les goûts de certains d’entre vous, je vous le montre :

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Il vaut le détour, n’est-ce pas ?

Une nuit sur la colline de Vysehrad

Le 1er janvier, en fin de journée, alors qu’il faisait déjà nuit, j’ai pris le métro jusqu’à la colline de Vyšehrad, encerclée de remparts. La légende fait de Libuše la fondatrice de Vyšehrad et de Prague :

Je vois une grande forteresse, dont la gloire atteint les cieux, je vois un lieu dans la forêt, loin de trente coudées de notre château (Vyšehrad), et sa limite est celle des vagues de la Vltava…Lorsque vous y parviendez, vous trouverez un homme qui au milieu de la forêt se taille un seuil. Et parce que même les plus grands seigneurs s’inclinent devant un seuil bas, vous nommerez Prague (Praha), le Seuil (Prah), le château que vous construirez selon cette aventure.

On trouve sur cette colline une grande église ainsi que le cimetière dans lequel Mucha est enterré. J’ai eu de la chance, l’église était ouverte ce qui, parait-il, est assez rare. C’est sans doute l’une des plus belles que j’ai pu voir. Elle est immense, très longue et ses plafonds sont entièrement peints dans les tons de rouge brique, vert et bleu avec des entrelas dorés. Pas d’ange ni de nuage, mais des fleurs, des feuilles et des motifs incroyables. J’ai pris quelques photos mais elles peinent à rendre compte de l’effet produit.

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En revenant, j’ai assisté par hasard au feu d’artifice du 1er janvier, du haut des remparts la vue était imprenable. Je comprenais enfin pourquoi il y avait tant de monde sur Vyšehrad à cette heure tardive…

Au chaud dans les musées

Le palais des foires

Dit Veletržní palác, en Tchèque. C’est grâce aux conseils éclairés de deux amis que je suis allée dans ce musée un peu excentré, à l’étrange et massif bâtiment « fonctionnaliste » des années 1920. Les guides touristiques n’en parlent que très peu et pourtant c’est une véritable cache aux trésors présentant tout ce que l’art européen et particulièrement français a fait de meilleur au cours des deux derniers siècles. Les œuvres de Picasso, Gauguin, Cézanne, Monet ou van Gogh y côtoient l’art tchèque du 20ème siècle et quelques belles collections de mobilier, papiers peints et autres objets décoratifs.

Ici le mobilier du cabaret Fledermaus, dessiné par Josef Hoffman. Il se trouve que j’avais eu un coup de cœur la veille en le voyant chez un antiquaire mais qu’il était (un peu) au-dessus de mes moyens. En le revoyant le lendemain entre deux Picasso, mon cœur s’est serré un peu plus et je me suis dit que j’avais vraiment des goûts de luxe.

Ce musée est immense et, grâce à son faible succès auprès des touristes, très peu fréquenté. Il y règne une atmosphère étrange, digne de l’un des derniers bastions communistes,  largement assurée par la présence minérale des gardiens sortis d’un autre âge.

C’est à l’entrée d’une galerie déserte que je suis tombée nez à nez avec l’un de mes tableaux préférés de Klimt :

 

Si vous y allez dans l’année, ne ratez pas l’exposition temporaire consacrée à la grande fresque de Mucha The Slav Epic. Pour être honnête, je n’y ai pas été très sensible. Je ne m’étais pas renseignée avant d’y aller et je ne m’attendais pas à de tels formats ni à de tels thèmes nationalistes. J’avais plutôt envie de voir les femmes fleurs de l’artiste. Mais en visitant le musée Mucha l’après-midi, j’ai mieux compris le sens de cette œuvre monumentale et j’étais contente de l’avoir vue.

Le musée Mucha

Il est tout petit mais très intéressant. En plus des célèbres affiches, on y voit des dessins de Mucha et des esquisses de projets de bijoux. Ce que j’ai préféré, ce sont peut-être les photos de ses modèles.

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C’est donc elle…

Comme c’est étrange de les voir assises au milieu de l’atelier, ces déesses en chair et en os, avec leurs coiffures d’époque. Et quelle surprise aussi de voir Guauguin, sur une autre photo, jouer sur le piano d’Alfons en chemise et sans pantalon !

Un soir à l’Opéra

J’aime bien voir les Opéras des villes que je visite et assister à une représentation quand c’est possible. C’est particulièrement tentant en Europe de l’Est : les tarifs y sont bien plus abordables qu’à Paris (j’y étais d’ailleurs entourée de jeunes françaises complétement en transe).

Le jour de mon anniversaire, j’ai mis la main sur la dernière place du Lac des Cygnes et je ne l’ai pas regretté. Les danseurs étaient vraiment très bons, l’orchestre avait ce je-ne-sais-quoi de slave dans sa sonorité et le lieu était sublime.

Si vous aimez le risque, je vous conseille d’attendre et de prendre vos places à Prague directement et non sur internet où, d’après mon expérience, il n’existe pas de e-billet et où il faut payer 20 euros de frais de port.

Mes autres coups de cœur

  • La bibliothèque du monastère de Strahov : si vous visitez le château, continuez votre promenade sur les hauteurs, vers la colline de Petrin et arrêtez-vous au monastère de Strahov. Du pas de la porte, vous verrez les hauts plafonds peints des bibliothèques, leurs boiseries et leurs globes d’époque. J’ai eu l’impression d’entrevoir un sanctuaire du savoir, un lieu un peu magique suspendu dans le temps. Il y a aussi plein d’animaux empaillés étranges dans le couloir (je trouve d’ailleurs que ces pauvres requins sont rarement flattés par la taxidermie).
  • Les antiquaires : je n’ai pas d’adresse particulière à recommander, d’autant qu’ils ont des heures d’ouverture très fantaisistes, mais ne vous inquiétez pas, il y en a un peu partout, des plus chics aux plus abordables. Je remercie Saint-Antoine de Padoue d’avoir mis sur mon chemin ce magnifique collier de cristal tchèque des années 1950.

  • Le café Louvre : c’est l’un des plus vieux café de la ville, au 22 de l’avenue Národní. Franz Kafka et Albert Einstein y avaient leurs habitudes et je peux les comprendre : outre la beauté du décor, le chocolat chaud y est divin et pourrait être érigé au rang de dessert. En haut à droite, mon salon de prédilection :

  • LoVeg : un excellent restaurant vegan à côté du château. Ce ne sont ni ma chapka ni mon vieux manteau en fourrure qui m’ont empêchée de monter les 3 étages qui y conduisent, même s’il n’était pas exclu que je me fasse gentiment reconduire à la sortie par le propriétaire. Finalement, tout s’est bien passé et j’y ai très bien mangé, ce qui n’est pas si facile à Prague, surtout si vous n’aimez pas trop la viande.
  • J’ai aussi pu voir un show burlesque, le soir du 31 décembre, dans un ancien cinéma : le Théâtre Royal. C’est une véritable salle de spectacle, tenue par un français, toute en velours rouge, avec un grand bar dans le fond et des petites tables devant la scène. La scénographie était vraiment intéressante et j’y ai apprécié plusieurs bonnes idées. Je crois que le spectacle a lieu tous les vendredi, je vous le recommande !
  • La Becherovka : en passant à Prague, il vous faut goûter la célèbre liqueur tchèque. Fabriquée à Marienbad et vendue initialement en pharmacie, elle est supposée faciliter la digestion et tranquilliser le système nerveux. Pour ma part, elle a eut d’autres effets que j’aurai l’occasion de vous raconter dans un prochain article.

En bonus, mon look pour survivre au froid de Prague, ou comment se faire passer pour le Yéti ou une russe d’un certain âge. Nb : j’ai trouvé ces fourrures, d’un goût certain, dans des magasins vintage. Loin de moi l’idée de faire l’apologie de la fourrure, mais si vous pouvez récupérer celles de votre grand-mère, ne les jetez pas, elles sauront vous garder au chaud.

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Penser à acheter des bottes de neige pour ma prochaine escapade hivernale

6 commentaires

    1. Merci Natalia !
      J’espère que vous passerez un bon séjour à Prague. N’hésitez pas à partager ici vos endroits préférés et autres bonnes adresses que vous trouverez sur place :)
      Bon voyage !

  1. Bonjour ,
    J’ai beaucoup de plaisir à lire vos nombreux sujets .
    Nous sommes allés mon épouse et moi durant ce moi de février à Pragues . C’est une ville intense , aux caractères bien trempés des slaves , aux accueils
    et services impécables . La ville chargée d’histoire et n’ayant pas connu les pires désagrément des guerres intestines européennes à gardé toute son identité .
    Nous avons beaucoup apprécié et y retournerons .
    N’onblions pas les nombreux club de Jazz et salon
    ou la musique est reine .
    Jacq

  2. Nous partons demain à Prague … la température annoncée m’empêche de prendre mes ballerines … Merci de votre récit passionnant et hypnotique… Hafida

    1. Merci Hafida !
      Depuis je me suis équipée de bottes de neige pas trop vilaines, trouvées chez Décathlon, elles seront probablement de mes prochains déplacements dans le grand froid.
      J’espère que vous avez passé un très bon séjour à Prague :)

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